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Du pinceau au scalpel, Léonard de Vinci Dominique Le Nem

 

Conférence UTL donnée à Etables-sur-Mer le 6/01/2026  « du pinceau au scalpel, Léonard de Vinci dévoile l’anatomie » par  M. Dominique Le Nem, professeur émérite en chirurgie de la main, docteur en histoire des sciences et des techniques, médecin humanitaire, passionné par le travail des mains guidé par la pensée,

    auteur de Léonard de Vinci, un anatomiste visionnaire (L’Harmattan, 2010).   (1452-1519). 

La période de la Renaissance, qui bénéficie des progrès de l’art accumulés tout au long du Moyen-âge, va permettre une évolution rapide de la sculpture et de la peinture des êtres humains, dont on connaissait assez mal la physiologie - moins que celle de l’animal – car on reprend les travaux et les modèles de l’Antiquité, dans un projet humaniste de restauration du savoir humain. 

Et on va découvrir l’homme tel qu’il est à travers l’étude de son anatomie, que Vitruve (architecte romain du 1er siècle avant JC) avait reproduit dans l’exactitude de ses proportions. On retrouve, à travers la statuaire antique, une représentation proportionnée des corps humains, partant de la nature-même, du réel, sculptant des nus d’hommes et de femmes, évoquant une similitude de la constitution des corps avec l’architecture des bâtiments. 

Le nu arrive au XVème siècle, mettant en évidence la beauté des corps, au-delà de la beauté des âmes recherchée au Moyen-âge. Et les humanistes de la Renaissance mettent en valeur la symétrie, les proportions, puis l’anatomie et la physiognomie (la reproduction du caractère d’une personne à partir des traits et des expressions du visage). Ce travail d’anatomie se fait descriptif, esthétique et fonctionnel, et permet de mieux dessiner le corps en mouvement : c’est ce qui attire Léonard de Vinci. 

Léonard de Vinci va s’attacher à réfléchir au corps humain dans toute sa variété : en mouvement, en tension, à travers ses émotions. Il va beaucoup lire à ce sujet, observer, examiner les corps dans leur fonctionnement et trouver dans la dissection l’explication des mouvements et des attitudes, pour plus de réalisme dans la le dessin et la reproduction des corps dans un tableau. 

Car il avait besoin de comprendre les éléments qui participent au mouvement, par une observation directe des corps jusque dans la biomécanique des membres, du torse et de la tête. Il allait même jusqu’à analyser les viscères comme le cœur ou les poumons, éléments essentiels d’un être humain en vie. 

Ces examens lui permettaient ensuite de mieux reproduire chaque élément disséqué dessiné en 3 dimensions, dans des croquis d’étude des mouvements humains, avec des proportions strictement respectées, des perspectives différentes, études graphiques qu’il pourrait réutiliser dans ses tableaux avec plus toujours plus de réalisme et de précision dans ses personnages  en situation. 

Ces analyses patientes, multiples, en profondeur, de son sujet, l’homme, lui ont demandé des années de travail pour une connaissance parfaite de l’objet de ses recherches. Car pour Léonard de Vinci, la peinture est une construction intellectuelle, un processus pensé pour passer du réel, de l’humain vivant, à la perfection de sa reproduction dans son image figée dans la peinture. 

Il arrive ainsi, grâce à l’anatomie, à l’idéal de la beauté dans la reproduction des corps féminins. Cet idéal se retrouve dans la peinture du visage, des yeux de ses modèles, « fenêtres de l’âme », faisant passer dans la physionomie peinte, les émotions et le caractère du modèle ou du personnage représenté. On voit ainsi, dans le mouvement ou la tension reproduite, la souffrance et les affects de l’âme. 

Et ce réalisme du corps va se traduire dans le dessin des draperies qui le cachent, en leur donnant la vie. Une reproduction du tableau de « Sainte Anne, la Vierge et l’Enfant » (Musée du Louvre), projeté en séance, donne une belle illustration de ce qui précède : chaque personnage a été étudié et dessiné séparément pour donner cette impression de réalisme des personnes et de la situation. Ce fut l’occasion d'innovations formelles, comme l'ajout d'une quatrième figure, le déplacement de Jésus au sol et la quasi fusion des corps des protagonistes, qui tous trois induisent de nouveaux équilibres. 

 

Ci-dessous, morceaux choisis de la conférence